Alex Poots, d’origine écossaise, est l’un des arbitres culturels les plus puissants de New York. À l’approche de l’ouverture de sa toute nouvelle idée, un centre artistique interculturel innovant sur le côté ouest de Manhattan, Omar Nasir examine pourquoi lui et la ville sont si bien adaptés.
"En tant qu'habitant et qu'amoureux de New York City, je ne peux pas m'empêcher de me sentir lié à la scène artistique vibrante de la ville".
Il est possible de ressentir une certaine énergie émaner des secteurs sociaux, économiques et politiques qui influence l'art. Dans cet espace, nous voyons la réalité à travers les yeux d’artistes aux origines multiples. Qu'ils soient de vision traditionnaliste ou contemporaine, ces artistes sont à l'initiative de courants de pensée qui transforment l'évolution de mouvements culturels. Chaque quartier de la ville dispose de son propre microcosme : du raffinement de l'Uptown, à l'accueillant Hell's Kitchen, en passant par l'aspect international de Times Square, au Lower East Side innovant et à Brooklyn avec ses hipsters. Découvrez ces lieux interculturels qui feront travailler votre imagination.
Alex Poots. Photo: AnRong Xu.
Faisant l'objet de nombreuses éloges pour ses théories non conformistes, Alex Poots est le directeur artistique de "The Shed", un espace dédié à l'art d'une valeur de 500 millions de dollars. Conçu par Diller Scofidio + Renfro, en collaboration avec le Rockwell Group, ce lieu ouvrira ses portes au printemps.
Poots, 51 ans, a commencé sa brillante carrière en tant que programmeur au Barbican de Londres en 1996. Quatre ans plus tard, il travailla pour le Tate Britain au sein duquel il coordonna de nombreux événements tels qu'une production de Steve McQueen et Jessye Norman. Par la suite, il quitta Londres et accepta un poste de directeur artistique de Park Avenue Armory, à New York. Durant son mandat, son goût pour la prise de risque se fit connaître et la première mondiale de Paul McCarthy film-et-sculpture "WS" fut un succès.
En tant que directeur fondateur du Festival international de Manchester, Poots a commandé des œuvres sous diverses formes artistiques, telles que Matthew Barney, Marina Abramovið et Olafur Eliasson. C'est lui qui a décidé de mettre à nouveau en scène Macbeth au Park Avenue Armory, ce qui a non seulement attiré un public record, mais a également consolidé sa position influente dans le monde culturel.
La voix douce de Poots explique ses motivations et sa vision de "The Shed" :
"Trois raisons me sont venues à l’esprit", dit-il, "qui je pense, sont valables pour n’importe quelle idée. La première consiste à ce qu'il soit unique. La deuxième est qu'il doit être complémentaire. La troisième est sont utilité."
Gardant à l'esprit l'enjeu de survie économique, Poots est bien conscient que The Shed doit être unique.
"Si vous avez regardé autour de vous, vous avez dû remarquer qu'il n'existe aucun lieu rassemblant tous les arts sous un même toit," ajoute t-il. « Le Metropolitan Museum et le philharmonique de New York ont été fondé au XIXe siècle. C'est par la suite, au cours des années 1920 que le MoMA vit le jour. C’était le premier musée d’Art moderne au monde. J'étais intéressé par le fait que le début du siècle a vu naître un intérêt parmi certains artistes concernant l'origines de ces formes d’art. Ce n’est pas une nouveauté, bien sûr : Diaghilev a fait la même chose avec les ballets russes. Bien que très stylisé, l'opéra en est un bon exemple. Les gens s'intéressent aux formes d’art non seulement lorsqu'elles sont assemblées mais également lorsqu'elles se partagent un même espace. Par conséquent, lorsque vous entrez dans The Shed pour voir une exposition, il y a des chances que vous assistiez également à une pièce de théâtre."
De nombreux voyageurs arrivent à New York pour être témoin d'oeuvres repoussant les limites de l’art. En conséquent, de nombreux lieux abritent des formes d’art qui diffèrent aussi bien dans la portée que dans l'objectif. Poots a compris que le publique recherche plus que jamais une sorte de "combustion dynamique". En tant que musicien ayant suivi des cours de trompette dans une université écossaise, Poots a été amené à s'interrogé sur la structure classisiste de l’art.
"En tant que musicien professionnel et compositeur" dit-il, "je n’ai jamais compris pourquoi il semblait y avoir un plus grand respect pour la musique classique que je jouais et qui avait été composée par un compositeur classique que si j'avais joué du jazz ou de la pop. De par sa nature, je ne pense pas qu’une forme d’art puisse être supérieure ou inférieure à une autre. Pourquoi est-ce que quelqu'un considérerait comme plus pertinente une œuvre de Schumann qu'une chanson de Nina Simone ?"
Poots a fait de sa carrière en une mission artistique. Lorsqu’on lui pose des questions sur les intentions de son nouveau rôle au Shed, il répond : « Il y a toujours eu besoin d’espaces qui incitent les artistes à faire du travail. J'ai dédié ma carrière à cette mission (que ce soit au Tate ou au Barbican, ou même plus récemment au Manchester International Festival ou au Park Avenue Armory.
« J’ai toujours été déterminé à mettre en service des artistes sous diverses formes artistiques, notamment les arts du spectacle, les arts visuels et la culture pop. »
Poots reconnaît l’importance de toucher un large public avec les représentations.
"Lorsque vous êtes vous employez de nombreux artistes, vous vous retrouvez inévitablement avec une programmation très variée qui devrait susciter l’intérêt d’un public tout aussi varié."
Poots comprend totalement la curiosité innée des new-yorkais ainsi que leur besoin d'être surpris. Citant une nouvelle mise en scène des Goldberg Variations de Bach par Marina Abramovið et le pianiste Igor Levit, Poots a reconnu qu’à New York, tout est effectivement possible :
Courtesy, The Shed
« Nous avons créé ce spectacle et environ 7 500 personnes y sont allées. Un artiste comme Igor Levit serait invariablement placé dans une fosse de 1 000 places et le gens en déduiraient que nous sommes fous de produire un tel spectacle. Mais à New-York, le public est déjà sensibilisé à l'art et est curieux d'expérimenter de nouvelles approches artistiques".
Face à un excès de choix, les new-yorkais, dont je fais partie, veulent être séduits. Nous avons tout vu auparavant. C'est le frisson d’être confronté à l’inattendu qui nous pousse à nous rendre dans ces lieux.
"The Shed" se trouve dans le quartier d'Hudson Yards (un quartier qui, depuis quelques années, subit le plus important développement urbain) et semble faire du rêve d'un espace interculturel de Poots, une réalité. Une fois terminé, l’impressionnante structure unique sera un espace de qualité de 2 300 mètres carrés, sans colonne, avec huit niveaux, deux galeries, un théâtre de 500 places, une salle principale et une coque en verre extérieure télescopique qui fonctionne sur les voies ferrées pour créer un terrain de sculpture spécifique au climat ou une arène pouvant accueillir jusqu’à 3 000 spectateurs.
Courtesy, The Shed
Poots déclare : " En fonction des besoins de l’artiste, nous pouvons diviser nos deux galeries en six. Dans notre théâtre, nous pouvons passer de 500 à 200 sièges, pour une expérience plus immersive. Le hall peut aussi bien être inondé de lumière que plongé dans l'obscurité la plus profonde. Nous avons engagé une équipe de production disposant d'un large éventail de compétences. Ils peuvent satisfaire les besoins de l'artiste, même lorsque ce dernier s'éloignent de la forme d'art avec laquelle il a débuté."
Touchant toutes les communautés et les disciplines artistiques, "The Shed" servira de laboratoire pour la création de concepts innovants. Mettant à contribution l'énergie d'artistes débutant leurs carrières, Poots est conscient que les visiteurs recherchent une expérience globale emblématique de la diversité interculturelle.
"Nous nous intéressons à des artistes connus tels que Steve McQueen et Trisha Donnelly, ainsi qu’à des artistes en début de carrière. Nous avons ce que l'on appelle "l'Open Call". C'est un engagement auprès de jeunes artistes, issus des cinq quartiers de la ville, qui leur permet d'être exposé dans nos meilleurs espaces aux côtés d'artistes de renom. Par conséquent, lorsque vous achetez un billet pour voir les oeuvres d'artistes connus, vous pouvez aussi découvrir gratuitement ceux d'étoiles montantes de l'art."
Le New York d’aujourd'hui permet de vivre une expérience globale : un événement qui remet l’art dans son contexte historique tout en nous faisant découvrir des concepts avant-gardistes. Chaque année, de nombreux artistes migrent ici avec l'intention de se faire remarquer par la ville qui ne dort jamais. Chacun vient avec son ambition pour nous fournir de l’inattendu et nous faire découvrir son point de vue artistique. Tandis que le New York des années 1980-1990 était gouverné par ce que certains historiens pourraient appeler des "institutions élitistes", le New York contemporain a renversé ce concept et l’a remplacé par un code de conduite qui soutien l'inclusion, l'expansion et la collaboration à travers l'art.
Désormais, il n'existe aucune réelle distinction entre l'art noble et l'art populaire. Le Street art est aussi pertinent qu'une exposition au Metropolitan Museum. La vision de Poots en tant que directeur artistique reflète le besoin de créer des artistes ainsi que le désir du public de découvrir de nouvelles formes d’art. Dans un contexte où les tendances vont et viennent et la façon de percevoir l'art change, Poots présente un aperçu de la ville et de l’évolution de l'art qu'elle reflète.
Courtesy, The Shed
Pour moi, New York permet de se débarasser d'idées préconçues et d'anticiper le futur. Aujourd'hui, la seule règle consiste à abandonner les règles.
"The Shed" sera le premier centre multi-artistique de New York, visant à commissionner, à produire et à présenter tous les types d'art du spectacle, d'art visuel et de culture populaire. Situé là où la High Line rencontre l'Hudson Yards, ce bâtiment unique et extensible peut satisfaire les artistes et leurs travaux (du hip-hop à la musique classique, des arts visuels à la littérature, du film au théâtre en passant par la danse). Sans oublier les collaborations entre ces disciplines, The Shed accueille diverses formes d’art et un public varié, le tout sous un même toit.
Cet article est apparu pour la première fois dans le numéro de New York dumagazineOutThere. Pour des voyages plus luxueux et expérientiels pour les hommes de distinction, rendez-vous sur outthere.travel.